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Le développement du langage chez l’enfant bilingue

Le développement du langage chez l’enfant bilingue

Quelles sont les grandes étapes de l’acquisition du langage chez l’enfant? Comment faire la différence entre un léger retard de langage lié au bilinguisme et un véritable trouble ? Autant de questions que se posent souvent les parents d’enfants bilingues et auxquelles Domitilla Delaporte, Orthophoniste en ligne et Coach en accompagnement parental, apporte des éléments de réponse pour la communauté VivaLing.

 

– L’apprentissage du langage se fait tout au long de l’enfance. Pouvez-vous nous rappeler quelles en sont les grandes étapes ?

Il existe effectivement de grandes étapes du développement du langage (mais attention, les âges cités ne sont que des moyennes)…

Dès 4 semaines…

Le bébé perçoit la différence entre les voix masculine et féminine.

L’enfant passe la plupart de son temps éveillé à explorer le monde qui l’entoure, à jouer avec les sons. C’est un temps d’imprégnation sonore.

Le bébe développe de manière conjointe ses 5 sens (vue, ouie, toucher, gout, odorat).

Entre 2 mois et 4 mois…

Le bébé gazouille, il produit les « areu ».  Souvent, il comprend déjà des mots simples comme « papa » ou « maman ».

Entre 4 et 12 mois…

C’est le stade pré linguistique au cours duquel l’enfant tire un plaisir physique à essayer ses cordes vocales. Il babille… en passant du grave à l’aigu, du cri au chuchotement. Il est sensible à l’intonation.

Il réagit à son prénom, il tourne la tête quand on l’appelle. Puis, petit à petit, il comprend des ordres simples (souvent accompagnés d’un geste) et quelques expressions familières (avec le contexte aussi). Il ajoute ensuite les consonnes aux voyelles qu’il maîtrise déjà. Et forme ainsi les premières syllabes qu’il répète avec un plaisir immense (« papa », « mama » …). Il répète de manière automatique ce que dit l’adulte : c’est ce qu’on appelle l’écholalie.

Entre 12 et 20 mois…

Vers un an, l’enfant dit ses premiers mots. (Plus généralement, on situe l’apparition des premiers mots entre 8 et 14 mois). Les premiers mots sont reproduits sans y mettre du sens. Ce sont les parents qui le mettent en nommant, décrivant, qualifiant et en faisant la relation entre le mot et l’action : donner, prendre…

Vers 18 mois, l’enfant dispose d’une cinquantaine de mots dans son vocabulaire.

De 2 à 5 ans…

C’est l’acquisition de la fonction symbolique du langage : on peut parler aussi de ce qu’on ne voit pas. Le vocabulaire s’enrichit et à 2 ans et demi un enfant monolingue dit environ 100 mots et en comprend le double.

Un enfant bilingue en a autant en sa possession, mais répartis dans les deux langues (d’où un retard qui peut apparaitre face à un test de vocabulaire réalisé uniquement dans l’une des deux langues).

De 5 à 7 ans…

L’enfant peut s’exprimer correctement en faisant des phrases.

Il peut utiliser différentes fonctions : exprimer ses émotions, donner des informations, communiquer, et même jouer avec les mots.

Il est souvent prêt pour l’apprentissage de l’écrit.

De 7 ans à l’adolescence… et après…

Le langage se développe sur toute une vie ! Il s’affine en fonction des besoins et des expériences. Le caractère joue aussi ; certains sont plus bavards que d’autres.

C’est pour cela qu’on parle de “langue vivante”…

Une petite remarque  : n’hésitez donc pas à stimuler le langage de votre enfant et à communiquer avec lui BIEN AVANT l’apparition des premiers mots !

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– Qu’en est-il pour les enfants bilingues?

Le langage des enfants bilingues (ou multilingues) se développe en suivant les mêmes étapes chronologiques que celui des enfants monolingues.

Le bébé ou l’enfant à qui on parle 2 langues développe très naturellement deux systèmes linguistiques, c’est-à-dire deux langues bien distinctes.

Parfois, on observe un développement du vocabulaire plus lent chez les enfants bilingues. On appelle ce retard un “pseudo-retard langagier”.

La plupart du temps, l’enfant bilingue rattrape ce pseudo-retard langagier, tout simplement.

Un mélange des langues (ex : je suis happy aujourd’hui)  est un comportement langagier normal et fréquent chez l’enfant bilingue. On parle souvent de “code-switching” ou “code mixing”.

Il est essentiel que les personnes qui s’adressent à l’enfant lui parlent dans une langue qu’ils maitrisent parfaitement. L’enfant développera ainsi de bonnes compétences de communication et de langage. Dans ces conditions, l’enfant peut apprendre plusieurs langues.

 

– Comment distinguer un pseudo-retard langagier d’un trouble spécifique du langage?

L’éventuel retard des premiers mots et phrases chez l’enfant bilingue est relatif. En effet, l’ensemble des mots produits dans les 2 langues correspond au nombre de mots que connait un enfant monolingue du même âge.

Parfois le développement du vocabulaire est un peu décalé dans le temps.

En revanche, le bilinguisme n’a pas d’influence sur l’acquisition des sons et de la syntaxe (souvent, des erreurs de syntaxe particulières apparaissent de manière temporaire, en raison de l’influence d’une langue sur l’autre. ex : j’attends pour mon ami).

Le bilinguisme n’aggrave pas les troubles du langage. En cas de difficultés d’acquisition du langage, il est préférable de continuer de parler à l’enfant la langue familiale, pour maintenir une bonne communication au sein de la famille et un lien avec la culture d’origine.

Il n’est pas toujours facile de faire la différence entre le retard de langage lie a la situation de bilinguisme et le trouble du langage qui existe dans les 2 langues (et qui aurait existé même dans un contexte monolingue).

C’est la raison pour laquelle il ne faut pas hésiter à demander conseil à un spécialiste qui aura un regard extérieur et professionnel.

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– Quels sont les avantages du bilinguisme chez les enfants?

Au-delà des avantages évidents en matière de vie professionnelle future, tout bilinguisme est enrichissant, quelles que soient les langues parlées.

Le bilinguisme permet :

– de renforcer la construction de l’identité́ de l’enfant par rapport à ses repères  familiaux ou son cadre de vie

– de maintenir l’ensemble des liens familiaux et de communiquer avec différentes communautés

– d’améliorer la souplesse d’esprit et l’acuité auditive. Les bilingues ont plus de facilités pour toutes les activités multi-tâches que les monolingues.

– d’entrainer la faculté́ de raisonnement abstrait

– Tous les enfants sont capables d’apprendre plusieurs langues, même ceux qui ont des retards développementaux ou des difficultés d’apprentissage… si ces langues ont du sens pour eux

 

– Quels conseils donneriez-vous aux parents qui souhaitent que leurs enfants deviennent bilingues? 

Le premier conseil que je donnerais, c’est de vous faire confiance !

Pas de Panique ! Si ce bilinguisme fait sens pour vous, vous saurez mettre en place les prérequis nécessaires pour que cela se passe bien. Ne mettez pas votre enfant sous pression : gardez votre rôle de parent, pas celui de “professeur de langage”.

Parlez à votre enfant dans votre langue maternelle, même si ce n’est pas la langue du pays dans lequel vous vivez. Ainsi vous aurez du plaisir à communiquer avec votre enfant, vous lui offrirez un bon modèle linguistique et lui transmettrez votre langue, mais aussi des éléments de votre culture(alimentation, fêtes traditionnelles, etc…).

– Adoptez la règle « une personne, une langue » (souvent dans le cas des couples qui parlent 2 langues différentes) ou optez pour « un endroit, une langue » (souvent une langue à la maison, une autre a l’école). Acceptez de lâcher-prise parfois… il y a la règle, mais il peut y avoir des exceptions (quand il y a du sens, les enfants font la part des choses).

– Organisez des rencontres avec des amis qui parlent les mêmes langues que vos enfants. Si vous leur mettez des DVD, vous pourrez également choisir la langue pour le visionnage.

Consultez un(e) orthophoniste en cas d’inquiétudes par rapport au développement langagier de votre enfant. Ce n’est pas la peine d’attendre : quelques conseils en fonction de l’évolution de l’enfant et de son milieu linguistique peuvent déjà aider, et une rééducation précoce peut être mise en place si besoin. Souvenez-vous qu’un bon niveau de langage oral évite que l’enfant ne soit trop frustré. Un bon niveau de langage est aussi un prérequis important pour la scolarité et la socialisation.